Le hadith al-âdâd peut-il établir une croyance ?

الحمد لله رب العالمين والصلاة والسلام على نبينا محمد

Une idée dangereuse circule depuis de long siècles chez les musulmans à savoir que le hadith al-âhâd ( حديث الآحاد ) ne peut pas servir de preuve pour établir une croyance islamique ( العقيدة ) mais peut servir d’argument pour les prescriptions légales ( الأحكام الشرعية ). Beaucoup de savants ont écrit sur ce sujet afin de  réfuter cette idée étrange. On citera, par exemple, l’imam Ibn Al-Qayyim Al-Jawziiyah رحمه الله dans son livre « Résumé des foudres envoyées sur al-Jahmiya et al-Mu’attilah مختصر الصواعق المرسلة على الجهمية والمعطلة » et l’imam Ibn Hazm Al-Andalousi رحمه الله dans son ouvrage « La perfection dans les sources des prescriptions الإحكام في أصول الأحكام » voir réf (1)

Qu’est-ce que le hadith al-âhâd ?

C’est le hadith qui ne remplit pas les conditions du « moutawâtir » ( hadith rapporté par un grand nombre de rapporteurs qui n’ont pu se concerter pour convenir d’un mensonge). 

Il se divise en trois classes: 

Mach’hour (réputé) : hadith transmis par trois rapporteurs ou plus, qu’on appelle Al-Moustafîd. On peut citer comme exemple de hadith de cette catégorie: « Le musulman est celui dont les musulmans sont à l’abri de sa langue et de sa main » (al-Boukhârî, Mouslim, A-Tirmidhî)

‘Azîz : hadith transmis par deux rapporteurs à chaque étape de sa chaîne de transmission comme le hadith: « L’un de vous ne croit pas jusqu’à ce que je lui sois plus cher que son enfant, son père et les gens tous ensemble » (Mouslim)

et Khabar Al-Wâhid (ou Gharîb) : hadith transmis par un seul rapporteur, comme par exemple: « Les actions ne valent que par les intentions et chaque personne ne sera rétribuée que selon son intention…» (al-Boukhârî)

C’est ainsi que le hadith al-âhâd a été expliqué les savants du hadith et parmi eux al-hâfith Ibn Hajar al-Asqalani رحمه الله dans son livre Noukhba al-fikr نخبة الفكر في مصطلع أهل الأثر et son explication.

Le hadith al-âhâd est considéré comme une preuve pour tout ce qui a trait à la croyance ou autre, d’après les Gens de la Sunna, lorsque sa chaîne de transmission est authentique. (2)

Qui a inventé que le hadith al-âhâd ne peut servir de preuve pour la croyance ?

Cette affirmation est une innovation qui n’a aucune origine dans la loi islamique, elle est étrangère à la voie du Coran et de la Sounna et inconnue des pieux ancêtres رضي الله عنهم .

Les premiers à avoir inventé cette bid’a ne sont d’ailleurs pas des savants du hadith mais certains Moutakalimines (gens du kalâm أهل الكلام) faisant partie d’al-Qadariyya القدرية (secte qui réfute l’existence du destin), d’a- Râfida الرافضة, al-Jahmiyya الجهمية (qui réfute les attributs d’Allah عز وجل ), d’al-Mu’tazila المعتزلة (Al-Jabâiya الجبائية) ( pour un aperçu, en français, de leurs idées, voir ICI ). Cette idée leur sert, en fait, à rejeter les preuves qui réfutent catégoriquement leurs innovations dans la religion.

Les Moutakalimines المتكلمين, ou gens du Kalam (parfois traduit par théologiens) sont ceux qui s’appuient sur la raison pour confirmer la croyance (alors que l’on sait pertinemment que la raison est limitée, à ce sujet, consulter l’article sur la raison en islam). Par exemple, ils disent que ce que la raison exige de confirmer comme attributs d’Allah عز وجل, alors c’est confirmé mais si la raison exige le contraire alors ces attributs ne sont pas confirmés ! Pour parvenir à leur fin, ils suivent 2 méthodes : si un hadith confirme un des attributs d’Allah تعالى (que leur raison n’accepte pas) alors ils vont essayer de s’attaquer à ce hadith en affirmant qu’il n’est pas authentique ou qu’il ne peut prouver une croyance…etc et quand une preuve est certaine, inattaquable, alors ils essaient de la rejeter en l’interprétant à la manière qui les arrange. Il y a plusieurs avis sur l’origine du terme ‘’ science du kalam علم الكلام’’ , un des plus pertinent est qu’elle a été nommée ainsi car elle est fondée sur la profusion de paroles et le fait de s’enfoncer dans ce qui ne sert à rien. ( Voir ICI )

Les pieux prédécesseurs السلف ont mis en garde contre le kalam et ses adeptes car cela conduit aux doutes, aux soupçons. Ainsi, l’imam Ahmad رحمهالله : « L’adepte du kalam ne réussit jamais ! » Quant à l’imam A-Châfi’ï رحمهالله , il a déclaré: « Mon jugement au sujet des gens du kalam est qu’ils soient frappés avec des branches de palmier, des chaussures et qu’on fasse le tour des clans et des tribus avec eux en disant: ‘’ C’est la punition de ceux qui laissent le Livre et la Sounna et se livrent à la science du kalam ! » 

Les Compagnons رضي الله عنهم , les Tâbi’înes  التابعين, les gens de la Sounna et du hadith ont toujours utilisé le hadith al-âhâd comme preuve dans les questions concernant la croyance et les prescriptions, sans faire de distinction entre les deux. Ce sont d’ailleurs les Compagnons eux-mêmes رضي الله عنهم  qui ont rapportés ces hadiths al-âhâd, les uns les apprenaient des autres sans qu’aucun ne les rejette, et ensuite vint le tour des Tâbi’înes. (3) 

Faire croire au consensus الإجماع des savants

Pour fermer la porte aux critiques, les partisans de cette bid’a ont prétendu (et continuent de prétendre) que les savants sont unanimes sur le fait de refuser les hadiths al-âhâd pour les questions concernant la croyance mais de les accepter pour ce qui est des prescriptions. C’est une habitude chez les moutakalimines de prétendre faussement qu’il y a un consensus sur un sujet qui les arrangent afin de faire croire qu’ils ont raison.

Ce prétendu consensus n’existe pas, au contraire, les grands savants ont réfuté cette innovation et ont écrit des livres pour dévoiler la fausseté de cette idée dangereuse. Ceux qui, aujourd’hui, continuent d’affirmer qu’il y a un consensus, ne font que répéter ce qu’ils entendent alors qu’une recherche objective leur prouverait le contraire. (Pour plus de détails, voir p 23, 24, 25 : ICI

Le seul vrai consensus existant (au sujet de la différenciation entre les croyances et les prescriptions pour ce qui est des hadiths al-âhâd) peut être résumé par la parole de l’imam Ibn Al-Qayyim Al-Jawziiyah رحمهالله qui a dit : « Cette différenciation est fausse par consensus de la Communauté… » (dans son livre cité précédemment: 4/1570) Voir aussi مصادرتلقيالعقيدةالصحيحة :  paragraphe 5 : ICI 

Cette innovation se contredit elle-même

Cette parole, qui consiste à affirmer que le hadith al-âhâd ne peut prouver une croyance, renferme en elle-même une croyance qui implique le rejet de centaines de hadiths authentiques et sûrs venant du Prophète ﷺ . On est alors en droit de demander aux auteurs de cette innovation  (comme ils le font) d’apporter la preuve incontestable de ce qu’ils affirment, au moyen d’un verset ou d’un hadith moutawâtir ( qat’î a-thoubout قطعي الثبوت et qat’î a-dalala قطعي الدلالة de sorte qu’il ne puisse être sujet à l’interprétation ) car ceux qui affirment des choses sans preuves font partie des gens dont Allah تعالى dit:  » Et ne dites pas, conformément aux mensonges proférés par vos langues ‘’Ceci est licite, et cela est illicite pour forger le mensonge contre Allah… » (16 Les abeilles: 116). Pour Ibn Kathîr رحمه الله , ce verset inclut toute personne qui invente une bid’a sans preuve authentique ou qui rend licite quelque chose qu’Allah عز وجل a interdit ou encore qui interdit quelque chose qu’Allah تعالى a rendue licite en se basant uniquement sur son opinion ou son désir. ( tafsir Ibn Kathîr : ICI )

Si on dit que la croyance ne peut pas être établie par le hadith al-âhâd alors on peut dire aussi que les prescriptions que l’on doit pratiquer الأحكام العملية ne peuvent pas être établies par ce même hadith car ces prescriptions sont liées à la croyance qu’Allah تعالى a ordonné ou interdit cela. ( Voir: أحاديثالآحادوإثباتالعقيدة n3 : ICI )

Réfutation de cette innovation

A) Allah تعالى dit: « Ô Messager, transmet ce qui t’a été descendu de la part de ton Seigneur. Si tu ne le faisais pas, alors tu n’aurais pas communiqué Son message… » (5 La table servie: 67) et « Il n’incombe au Messager que de transmettre (le message)… » (5: 99) Et le Prophète ﷺ a dit: « Transmettez de ma part ne serait-ce qu’un verset… » (al-Boukhârî), c’est-à-dire « Faites parvenir de moi ne fusse qu’un verset» et ceci inclut aussi la transmission des hadiths. (4).                             

Il est connu que le Prophète envoyait parfois un seul de ses Compagnons رضياللهعنهم pour transmettre (le message de l’islam) à sa place. Ainsi, il ﷺ a envoyé séparément ‘Ali, Mou’az et Abou Moussa رضي الله عنهم , dans des temps différents, au Yémen. Ils transmettaient (le message de l’islam) à sa place et enseignaient la religion aux gens; et la chose la plus importante dans la religion c’est la croyance العقيدة. Ainsi, on sait que lorsque le Prophète ﷺ a envoyé Mou’az رضي الله عنه , il lui a ordonné de commencer son appel à l’islam par le tawhid (voir le hadith  rapporté par Mouslim: ICI )

Ceci est donc une preuve incontestable que la croyance est établie par le hadith al-âhâd car sinon le Prophète ﷺ aurait envoyé plusieurs de ses Compagnons رضي الله عنهم ensemble afin qu’ils soient plusieurs à enseigner la croyance islamique.(5)

B) Cette innovation implique le désaccord des musulmans dans ce auquel ils doivent croire. En effet,le hadith sera une preuve pour le Compagnon رضي الله عنه mais sera faux et rejeté pour quelqu’un après lui. Ainsi, le Compagnon qui aura entendu du Prophète ﷺ sera certain de ce qu’il aura entendu et y croira avec certitude mais celui qui viendra après lui n’acceptera pas la parole de ce Compagnon car c’est un hadith âhad…alors que le Prophète ﷺ a dit: « Qu’Allah rende prospère une personne qui a entendu, de moi, un hadith, l’a retenu afin de le transmettre à quelqu’un d’autre que lui… » ( Sahîh at-Tirmidhî : ICI )

C) La plupart des croyances islamiques qu’a reçues la Communauté provient des hadiths al-âhâd qu’elle a approuvés. Abandonner la pratique des hadiths al-âhâd revient donc à renoncer à ces croyances islamiques confirmées; à accuser les pieux prédécesseurs السلف d’erreur pour y avoir cru et les avoir prises comme faisant partie de la religion et (affirmer donc) que notre islam est différent du leur et que nos croyances sont différentes des leurs. 

D) S’il existait une preuve indiscutable que la croyance ne peut pas être établie par un hadith al-âhâd, les Compagnons رضي الله عنهم l’auraient clairement expliqué (vu l’importance de la chose) et les savants auraient suivi cette voie. Mais ce ne fut pas le cas ce qui prouve avec évidence que cette croyance concernant le hadith al-âhâd, que certains ont innovée, est une supposition douteuse.

E) En refusant de confirmer une croyance ,affirmée par le hadith al-âhad (reconnu par les savants du hadith), ceux qui suivent cette idée fausse partagent, de ce fait, avec les coranistes القرآنيون une grande part de leur égarement. (Pour pus de détail, voir ICI p 32 ) ( Pour en savoir plus sur les coranistes ? : ICI )

F) Les grands savants du hadith رحمهم الله étaient des gens connus pour leur travail acharné, leur science, leur sincérité, leur piété. Ils ont fourni des efforts énormes afin de nous faire parvenir la parole et les actes du Prophète ﷺ. Par contre les Moutaklimines sont connus comme ignorants des  sciences du hadith c’est pourquoi ils déclarent que beaucoup de hadiths sont des hadiths al-âhâd alors qu’ils sont moutawâtir pour les savants du hadiths ! ( voir ICIp 33 ).

Malheureusement, certains écrivains oublient ce qu’ils ont affirmé dans certains de leurs livres, à savoir qu’il faut se référer aux spécialistes pour chaque science car on les voient ensuite affirmer que des hadiths sont âhâd alors qu’en réalité ils sont moutawâtir ! Ils imitent les gens du kalam (anciens ou contemporains) sans s’en référer, pour cela, aux gens du hadith qui sont spécialistes en la matière. 

On peut citer en exemple le hadith connu, rapporté par al-Boukhârî et Mouslim, qui dit  qu’Allah تعالى descend, au cours du dernier tiers de chaque nuit , au ciel le plus bas. Ce hadith est moutawâtir, il a été rapporté par près de 28 Compagnons رضي الله عنهم mais il a été déclaré âhâd par les gens du kalam !

Même chose pour les hadiths qui parlent de la vision (les croyants verront Allah عز وجل dans la vie future); de la descente de Jésus عليه السلام ; de la venue du Dajjâl. Et ce ne sont que quelques exemples car il en est de même pour beaucoup d’autres hadiths qui sont déclarés, par certains, comme étant âhâd alors que pour les savants du hadiths, ils font partie des hadiths moutawâtir les plus connus ! (6)  

G) Cette innovation mensongère est dangereuse, elle mène à un égarement profond et une négation des croyances islamiques authentiques, comme par exemple : 

La prophétie d’Adam عليه السلام et des autres Prophètes عليهم السلام non mentionnés dans le Coran / La prééminence du Prophète Mouhammad ﷺ sur tous les Prophètes et Messagers عليهم السلام voir (7) / La grande intercession الشفاعة du Prophète ﷺ durant le grand rassemblement au Jour de la Résurrection, et son intercession pour les gens de sa Communauté qui auront commis de grands péchés / Les miracles du Prophète ﷺ (excepté le Noble Coran) et le miracle de la lune qui s’est fendue car bien qu’il soit mentionné dans le Coran, certains lui donnent une interprétation qui contredit les hadiths authentiques qui en parlent / Les caractéristiques physiques du Prophète ﷺ et certaines de ses vertus morales / Les informations sur le début de la Création, la description des anges, des djinns, du Paradis et de l’Enfer qui sont déjà crées et que la Pierre noire vient du Paradis / Les particularités du Prophète ﷺ que l’imam A-Souyoutî  رحمه الله a réunies dans son livre « Les plus grandes particularités الخصائص الكبرى » comme son entrée au Paradis, sa vision de ses habitants et de ce qui y a été préparer pour les pieux, l’entrée en islam de son qarîn القرين / La certitude que les dix Compagnons رضي الله عنهم , à qui le Prophète ﷺ a annoncé le Paradis, font vraiment partie des gens du Paradis ( العشرة المبشرين بالجنة ) / La croyance en l’interrogatoire, dans la tombe, par les deux anges Al-Mounkar et A-Nakîr المنكر والنكير Croire au  châtiment de la tombe et à son rétrécissement / Croire en la Balance, aux 2 plateaux, au Jour du Jugement;  au pont au dessus de l’Enfer الصراط / Croire au Bassin الحوض du Prophète ﷺ et que celui qui en boit une gorgée  n’aura plus jamais soif / Croire à l’entrée au Paradis de 70000 personne de la Communauté ﷺ sans jugement La croyance en la Plume qui écrit toute chose…etc.  Et la liste est encore longue. Pour plus d’informations, lire les pages 36 à 39 : ICI

Conclusion

Quand il est prouvé qu’un hadith est authentique, on doit y croire (qu’il soit moutâwatir ou âhad) et savoir qu’il fait obligatoirement partie de la science certaine. C’est la doctrine المذهب de nos pieux prédécesseurs savants, basée sur la Parole du Très Haut : « Il n’appartient pas à un croyant ou une croyante, une fois qu’Allah et Son Messager ont décidé quelque chose d’avoir encore le choix dans leur façon d’agir… » (33 Les coalisés: 36)

La plupart des hadiths prophétiques sont des hadiths al-âhâd; quant aux hadiths moutawâtir (récurrent), ils sont peu nombreux comparés aux premiers. Suivre cette innovation aboutit donc à abandonner une grande partie de la croyance islamique. Cette bid’a a pour réel objectif d’appuyer les égarements de certains, faire douter des hadiths authentiques, et par là même à détruire les croyances islamiques ou amener le doute sur elles ! 

Un jour l’imam a-Châfi’î رحمه الله a dit : « Lorsque que j’ai rapporté, du Prophète ﷺ, un hadith sahîh que je ne prends pas en considération, alors je vous prend à témoin que ma raison s’en est allée ! » (8). Quant à l’imam Ahmad رحمه الله , il a dit: « Tout ce qui vient du Prophète ﷺ avec un bon isnad, nous l’acceptons car si nous n’acceptons pas ce avec quoi est venu le Messager ﷺ , le rejetons et le refusons (alors) nous refusons l’ordre d’Allah تعالى Qui dit: «…Prenez ce que le Messager vous donne; et ce qu’il vous interdit, abstenez-vous en… » (59 L’exode: 7) ». C’est-à-dire « Quoiqu’il vous ordonne, faites-le et quoiqu’il vous interdit, évitez de le faire car il ordonne le bien et interdit le mal. (Tafsir Ibn Kathîr:ICI ) oummatoukoum le 6 Rajab 1443 / 7-2-2022.

والله تعالى أعلم

RÉFÉRENCES :

1) وجوبالأخذبحديثالآحادفيالعقيدةوالرعلىشبهالمخالفين : ICI

2) Quelle est la signification de « Hadith Al-Ahâd »? : ICI

   ماهوخبرالآحاد؟: ICI

3) منهوأولمنقالبأنأحاديثالآحادليستحجةفيالعقائد؟ : ICI

   المبحثالرابع : الردعلىمنأنكرحجيةخبرالآحادفيالعقيدة : ICI

    مامقصودبأهلالكلام : ICI  et  ماالمقصودبعلمالكلام،ولماذاحذرالسلفمنه؟ : ICI

4) Explication du hadith: « Transmettez de ma part ne serait-ce qu’un seul verset » : ICI

5) حجيةأحاديثالآحادفيالعقائدوالأحكام : ICI

6) Attribuer la descente à Allah : ICI  et p 33 à 35  ICI

   الأحاديثالدالةعلىرؤيةاللهتعالىلأهلالجنة : ICI

7)  الأدلةعلىتفضيلالنبيعلىسائرالأنبياء : ICI

8) منجميلماقالالشافعيفيالاحتجاجبالسنةوتوفيرها : ICI

Le hadith al-âhâd peut-il servir de preuve à la croyance ?
Le hadith al-âhâd peut-il établir une croyance ?

Le serment d’allégeance au cheikh soufi

Al-bay’ah البَيْعَة au cheikh soufi est-elle islamique ?

الحمد لله رب العالمين والصلاة والسلام على نبينا محمد

L’islam est la religion du lien direct entre l’adorateur et son Seigneur, sans intercesseur ni intermédiaire. Le croyant monothéiste sait qu’Allah تعالى est Unique, qu’Il est Le Seigneur, Le Créateur et que tout, en dehors de Lui, est créé, pauvre, faible et impuissant. (1)

Celui qui croit cela comprend que personne ne peut donc prétendre au droit de l’intercession exclusive entre Allah عز وجل et Ses créatures ou prétendre que le cheminement vers Allah تعالى ne peut se faire qu’à travers lui ; car cela revient, en fait, à barrer la route vers Allah تعالى par le biais d’un esprit de caste cléricale (relatif au clergé) entre les gens.

Ces gens, qui imposent cet esprit de caste, s’interposent entre le Créateur et les adorateurs et font preuve d’orgueil. Ils font croire aux gens que l’acquisition de la science, des bons caractères, de la pureté et du statut de wali ne peut se réaliser qu’en leur prêtant serment d’allégeance (al-bay’ah البيعة ) ou en les sacralisant tout en les imitant entièrement. Les éminents Compagnons رضي الله عنهم, les walis et les vertueux, eux-mêmes, n’avaient pas cette prétention alors comment ces gens, qui n’ont pas le niveau des pieux prédécesseurs, osent-ils avoir cette présomption ? !  

Ainsi, lorsque le verset « Et avertis les gens qui te sont les plus proches » (26 Les poètes: 214) fut révélé, le Prophète ﷺ se leva et dit : « Ô assemblée de Qouraïch ! Sauvez vos âmes ! Je ne peux rien pour vous devant Allah. Ô enfants d‘Abd Manâf ! Je ne peux rien pour vous devant Allah. Ô ‘Abbâs ibn ‘Abd al-Mouttalib ! Je ne peux rien pour toi devant Allah. Ô Saffiya, tante paternelle du Messager d’Allah ! Je ne peux rien pour toi devant Allah. Ô Fâtima, fille de Mouhammad ! Demande-moi ce que tu veux de mes biens, je ne peux rien pour toi devant Allah. » (al-Boukhârî: 2753 et Mouslim: 206).

La purification de l’âme, au moyen des caractères vertueux, de la haute moralité et des actions pieuses est un   combat qui dure toute la vie. Le musulman, qui suit ce chemin, apprend, durant les étapes de sa vie, à être toujours généreux, à agir en faisant preuve de grandeur d’âme, et ce, quelle que soit la situation.

Il apprend également comment atteindre les degrés de l’humilité, de la soumission, (2) d’al-mourâquaba المراقبة ,du détachement الزُهْد, de la piété الورع, de l’espoir الرجاء, de la confiance en Allah تعالى, de l’altruisme, de la pudeur, de la sincérité, de la certitude, de la bienfaisance, de la sagesse, de la relation étroite avec Allah الأُنْس بالله…etc.

Chacun de ces degrés nécessite science, action, patience et contrôle de soi. Parvenir à tout cela ne se limite pas à (suivre) un maître ou un guide car la sagesse est  aussi l’objectif du croyant. Sagesse qu’il acquiert en regardant l’univers et les bienfaits d’Allah تعالى envers Ses créatures, en lisant la vie des vertueux, en recherchant la compagnie des gens sincères, en étudiant la religion et, avant toute chose, en réfléchissant et en méditant sur le Livre d’Allah, tout en le mettant en pratique.

En islam, il ne fait aucun doute que la personne qui apprend la religion aux autres, occupe une place importante car elle guide, enseigne et éduque ce qui génère, par permission d’Allah تعالى, des générations musulmanes, instruites dans la religion et éclairées.

Le problème commence en fait, lorsque cet(te) enseignant(e) passe de ce rang élevé à celui d’un être occupant un rang clérical où sont imposés des rites particuliers comme le serment d’allégeance obligatoire (البيعة الملتزمة ) d’obéissance (tout en affirmant que c’est) une obligation faisant partie de la religion et que celui qui va à son encontre est pécheur ou désobéissant. 

De cette façon, ce guide s’habille du vêtement de sainteté qui fait que son disciple est, entre ses mains, comme le mort entre les mains de son laveur et s’attache aveuglément à lui ; à tel point que cet adepte s’en remet entièrement à lui, ne le contredit pas, ni même intérieurement…et va jusqu’à penser que dans le cas où son cheikh ferait une erreur, cette dernière lui serait plus utile que s’il ne s’était pas trompé ! 

Certains affirment que lorsque l’on prête serment d’allégeance au cheikh qui éduque ( pour d’autres, ce sera au leader ou chef d’un mouvement ), ses ordres entrent alors dans le domaine de la sacralisation divine; l’obéissance est donc obligatoire, la désobéissance illicite ; ses ordres sont infaillibles comme ceux de la loi divine !

Il ne fait aucun doute que cette affirmation est fausse car elle innove dans la religion quelque chose qu’Allah تعالى et Son Messager ﷺ n’ont pas légiférée. Personne ne possède le droit d’être obéi obligatoirement sans preuve légale et il n’y a pas de preuve qui accorde, aux ordres de ces personnes, le statut d’obligation légale.

Tout ce qui a été rapporté, comme textes de la chari’a, sur le serment d’allégeance, nous indique que cela signifie prêter serment d’allégeance à l’imam des musulmans qui gouverne les pays et les gens avec justice et droiture. On ne trouve pas, dans la loi divine, de preuve affirmant que les adeptes doivent faire serment d’allégeance, au cheikh ou à l’enseignant, afin de l’écouter et lui obéir. Et cela ne faisait d’ailleurs pas partie de la pratique des Compagnons رضي الله عنهم. 

Question 1

Une personne a posé la question suivante au comité permanent pour les fatwas, en disant : « Durant ma jeunesse, je suis parti chez un cheikh soufi et je lui ai dit : ‘’ Je veux entrer dans la voie du cheikh ‘Abd al-Qâdir al-Jîlî ‘’. Il répondit : ‘’ Prête serment ‘’. J’ai donc prêté serment devant lui, ma main dans la sienne et il m’a dit : ‘’ Répète avec moi le serment : Au Nom d’Allah, Le Tout Miséricordieux, Le Très Miséricordieux, Ô Allah ! Prie sur notre maître Mouhammad, sur sa famille et ses Compagnons et adresse-leur Tes salutations ; certes, j’ai l’intention d’entrer dans la voie du cheikh ‘Abd al-Qâdir al-Jîlî, et je vends mon âme à mon cheikh un tel ‘’. Ma première question est : « Est-ce que ce pacte est valide tout en sachant que je me suis repenti à Allah. Et la deuxième : ‘’ Ce serment dure-t-il jusqu’à la mort ?. Renseignez-moi et qu’Allah vous récompense. »

Réponse du comité :

« Ce genre de serment n’est pas valide. Tu as bien fait de revenir à Allah, tu dois te cramponner au Livre d’Allah تعالى et à la sounna de Son Prophète ﷺ, sans faire de serment à aucun des cheikhs des voies soufies (ou autre leader de secte). Vends ton âme à Allah, au lieu de la vendre au cheikh, et attache-toi à la loi divine. Tu n’es pas tenu par le pacte conclu avec ce cheikh car ce serment est une innovation (bid’a) à fuir car le Prophète ﷺ a dit : « Quiconque accomplit un acte (religieux), que nous n’avons pas ordonné, le verra rejeter » (Mouslim). Ton serment fait partie des innovations, il est donc rejeté.

Question 2 (résumé)

Je suis venu de l’Inde, en Arabie, afin de suivre des études islamiques à l’université. Durant mon cursus, j’ai compris que les musulmans de mon pays étaient confrontés au problème très répandu du polythéisme, des voies soufies et des innovations (bid’as). À la fin de mes études,  je suis retourné dans mon pays avec la ferme intention d’appeler les gens à Allah, corriger les erreurs infiltrées dans la croyance mais ici, prêter serment d’allégeance aux voies soufies est une chose très répandue. C’est comme si les gens pensaient que celui qui ne fait pas ce serment n’est pas musulman ! C’est pourquoi je trouve beaucoup de difficulté dans l’appel à l’islam…

Réponse du cheikh Ibn Bâz رحمه الله (résumé)

Nous ne connaissons pas de fondement à ce serment d’allégeance sauf celui qui est fait aux dirigeants. Allah سبحانه a certes légiféré de prêter serment d’allégeance au détenteur de l’autorité afin d’écouter et d’obéir dans ce qui est aimé ou détesté, dans la difficulté et la facilité…comme l’ont fait les Compagnons رضي الله عنهم avec le Prophète ﷺ .

Le serment d’allégeance est donc prêté envers les dirigeants (ou des représentants délégués par leur soin), conformément au Livre d’Allah et à la Sounna de Son Messager ﷺ et ceux qui le prêtent doivent dire la vérité où qu’ils soient et ne pas contester les ordres sauf s’ils voient une incrédulité (koufr) évidente…

Quant à la bay’ah, telle que la font les soufis, les uns envers les autres, elle n’a pas de fondement. De plus, elle peut causer des problèmes car celui qui prête ce serment croit qu’il doit obéir à son cheikh dans tout,  même si ce dernier dit qu’il faut se révolter contre les dirigeants; alors que c’est une chose répréhensible et illicite. 

Celui qui appelle à Allah عز وجل doit expliquer la vérité aux gens, les encourager à la mettre en pratique, les avertir du danger de désobéir à Allah تعالى  et Son Prophète ﷺ et les mettre en garde des bid’as, tout en leur disant qu’ils n’ont pas besoin ce lui prêter serment d’allégeance pour cela. Car dans le cas contraire, celui qui fait ce genre de bay’ah croit alors qu’elle est obligatoire envers cette personne; il pense qu’il ne peut pas contredire ses paroles et qu’il doit l’écouter et lui obéir comme s’il s’agissait d’un détenteur de l’autorité ! Ce qui provoque division, discorde et conflits entre les musulmans…(3)

Conclusion

Le soufisme (et d’autres sectes) ont détourné le sens de la bay’ah afin d’en faire un moyen de manipulation (4) Les responsables de ces groupes font croire à leurs disciples que prêter serment d’allégeance (nommé parfois ‘’ prendre l’initiation’’) au cheikh (ou au chef d’une secte) est une obligation et qu’il est ensuite illicite de leur désobéir.

Ce pacte facilitera ensuite l’apprentissage des erreurs car le pauvre disciple se sentira obligé de tenir son engagement, il n’osera pas critiquer son cheikh, et ce, quoi qu’il dise ou qu’il fasse ! Il appartient donc au musulman d’être vigilant et de s’informer afin de discerner le vrai du faux. oummatoukoum, le 22 Cha’bâne 1442/ le 4-4-2021.

والله تعالى أعلم

Références :

(البيعة الملزمة من المريد للشيخ ليس من الدين (1 : ICI (le serment d’allégeance obligatoire au cheikh ne fait pas partie de la religion)

(2) Al-mourâquaba signifie que le musulman se rappelle toujours qu’Allah le voit et qu’Il sait tout de lui. 

Voir à ce sujet l’article « ما معنى المراقبة ؟ Que signifie al-mourâquaba ? » : ICI      

Le détachement (a-zouhd الزهد ) signifie ne pas s’attacher à la vie d’ici-bas الدنيا et ne pas la préférer à la vie future الآخيرة mais il ne signifie pas renoncer à la vie d’ici-bas et à l’action. Non, on doit agir, travailler afin de se passer (de l’aide) des gens. Il faut agir, travailler pour les enfants, les parents, faire le bien, aider les autres mais la vie future doit rester notre plus grande préoccupation. On accomplit les prescriptions d’Allah تعالى , on renonce à Ses interdits, on agit en vue de la vie future tout en faisant bien attention à ce que la vie d’ici-bas ne nous détourne pas de celle de l’au-delà comme c’est le cas pour la plupart des créatures.

Voir l’article « ما معنى الزهد وحقيقته ؟ » : ICI

(3) حكم إعطاء البيعة لغير ولي الأمر : ICI ( Prêter serment d’allégeance autre qu’au dirigeant)

Prêter serment d’allégeance à d’autres en dehors des gouverneurs officiel : ICI   

(4) Pour s’informer sur d’autres méthodes de manipulation, voir les articles :

Les Qubeissiats : la manipulation des adeptes : ICI

Pourquoi autant de sectes ? : ICI

Soufisme et magie (1 et 2) : ICI et ICI     

Le serment d'allégeance au cheikh soufi est-il islamique ?
Le serment d’allégeance au cheikh soufi est-il islamique ?