Le hadith al-âdâd peut-il établir une croyance ?

الحمد لله رب العالمين والصلاة والسلام على نبينا محمد

Une idée dangereuse circule depuis de long siècles chez les musulmans à savoir que le hadith al-âhâd ( حديث الآحاد ) ne peut pas servir de preuve pour établir une croyance islamique ( العقيدة ) mais peut servir d’argument pour les prescriptions légales ( الأحكام الشرعية ). Beaucoup de savants ont écrit sur ce sujet afin de  réfuter cette idée étrange. On citera, par exemple, l’imam Ibn Al-Qayyim Al-Jawziiyah رحمه الله dans son livre « Résumé des foudres envoyées sur al-Jahmiya et al-Mu’attilah مختصر الصواعق المرسلة على الجهمية والمعطلة » et l’imam Ibn Hazm Al-Andalousi رحمه الله dans son ouvrage « La perfection dans les sources des prescriptions الإحكام في أصول الأحكام » voir réf (1)

Qu’est-ce que le hadith al-âhâd ?

C’est le hadith qui ne remplit pas les conditions du « moutawâtir » ( hadith rapporté par un grand nombre de rapporteurs qui n’ont pu se concerter pour convenir d’un mensonge). 

Il se divise en trois classes: 

Mach’hour (réputé) : hadith transmis par trois rapporteurs ou plus, qu’on appelle Al-Moustafîd. On peut citer comme exemple de hadith de cette catégorie: « Le musulman est celui dont les musulmans sont à l’abri de sa langue et de sa main » (al-Boukhârî, Mouslim, A-Tirmidhî)

‘Azîz : hadith transmis par deux rapporteurs à chaque étape de sa chaîne de transmission comme le hadith: « L’un de vous ne croit pas jusqu’à ce que je lui sois plus cher que son enfant, son père et les gens tous ensemble » (Mouslim)

et Khabar Al-Wâhid (ou Gharîb) : hadith transmis par un seul rapporteur, comme par exemple: « Les actions ne valent que par les intentions et chaque personne ne sera rétribuée que selon son intention…» (al-Boukhârî)

C’est ainsi que le hadith al-âhâd a été expliqué les savants du hadith et parmi eux al-hâfith Ibn Hajar al-Asqalani رحمه الله dans son livre Noukhba al-fikr نخبة الفكر في مصطلع أهل الأثر et son explication.

Le hadith al-âhâd est considéré comme une preuve pour tout ce qui a trait à la croyance ou autre, d’après les Gens de la Sunna, lorsque sa chaîne de transmission est authentique. (2)

Qui a inventé que le hadith al-âhâd ne peut servir de preuve pour la croyance ?

Cette affirmation est une innovation qui n’a aucune origine dans la loi islamique, elle est étrangère à la voie du Coran et de la Sounna et inconnue des pieux ancêtres رضي الله عنهم .

Les premiers à avoir inventé cette bid’a ne sont d’ailleurs pas des savants du hadith mais certains Moutakalimines (gens du kalâm أهل الكلام) faisant partie d’al-Qadariyya القدرية (secte qui réfute l’existence du destin), d’a- Râfida الرافضة, al-Jahmiyya الجهمية (qui réfute les attributs d’Allah عز وجل ), d’al-Mu’tazila المعتزلة (Al-Jabâiya الجبائية) ( pour un aperçu, en français, de leurs idées, voir ICI ). Cette idée leur sert, en fait, à rejeter les preuves qui réfutent catégoriquement leurs innovations dans la religion.

Les Moutakalimines المتكلمين, ou gens du Kalam (parfois traduit par théologiens) sont ceux qui s’appuient sur la raison pour confirmer la croyance (alors que l’on sait pertinemment que la raison est limitée, à ce sujet, consulter l’article sur la raison en islam). Par exemple, ils disent que ce que la raison exige de confirmer comme attributs d’Allah عز وجل, alors c’est confirmé mais si la raison exige le contraire alors ces attributs ne sont pas confirmés ! Pour parvenir à leur fin, ils suivent 2 méthodes : si un hadith confirme un des attributs d’Allah تعالى (que leur raison n’accepte pas) alors ils vont essayer de s’attaquer à ce hadith en affirmant qu’il n’est pas authentique ou qu’il ne peut prouver une croyance…etc et quand une preuve est certaine, inattaquable, alors ils essaient de la rejeter en l’interprétant à la manière qui les arrange. Il y a plusieurs avis sur l’origine du terme ‘’ science du kalam علم الكلام’’ , un des plus pertinent est qu’elle a été nommée ainsi car elle est fondée sur la profusion de paroles et le fait de s’enfoncer dans ce qui ne sert à rien. ( Voir ICI )

Les pieux prédécesseurs السلف ont mis en garde contre le kalam et ses adeptes car cela conduit aux doutes, aux soupçons. Ainsi, l’imam Ahmad رحمهالله : « L’adepte du kalam ne réussit jamais ! » Quant à l’imam A-Châfi’ï رحمهالله , il a déclaré: « Mon jugement au sujet des gens du kalam est qu’ils soient frappés avec des branches de palmier, des chaussures et qu’on fasse le tour des clans et des tribus avec eux en disant: ‘’ C’est la punition de ceux qui laissent le Livre et la Sounna et se livrent à la science du kalam ! » 

Les Compagnons رضي الله عنهم , les Tâbi’înes  التابعين, les gens de la Sounna et du hadith ont toujours utilisé le hadith al-âhâd comme preuve dans les questions concernant la croyance et les prescriptions, sans faire de distinction entre les deux. Ce sont d’ailleurs les Compagnons eux-mêmes رضي الله عنهم  qui ont rapportés ces hadiths al-âhâd, les uns les apprenaient des autres sans qu’aucun ne les rejette, et ensuite vint le tour des Tâbi’înes. (3) 

Faire croire au consensus الإجماع des savants

Pour fermer la porte aux critiques, les partisans de cette bid’a ont prétendu (et continuent de prétendre) que les savants sont unanimes sur le fait de refuser les hadiths al-âhâd pour les questions concernant la croyance mais de les accepter pour ce qui est des prescriptions. C’est une habitude chez les moutakalimines de prétendre faussement qu’il y a un consensus sur un sujet qui les arrangent afin de faire croire qu’ils ont raison.

Ce prétendu consensus n’existe pas, au contraire, les grands savants ont réfuté cette innovation et ont écrit des livres pour dévoiler la fausseté de cette idée dangereuse. Ceux qui, aujourd’hui, continuent d’affirmer qu’il y a un consensus, ne font que répéter ce qu’ils entendent alors qu’une recherche objective leur prouverait le contraire. (Pour plus de détails, voir p 23, 24, 25 : ICI

Le seul vrai consensus existant (au sujet de la différenciation entre les croyances et les prescriptions pour ce qui est des hadiths al-âhâd) peut être résumé par la parole de l’imam Ibn Al-Qayyim Al-Jawziiyah رحمهالله qui a dit : « Cette différenciation est fausse par consensus de la Communauté… » (dans son livre cité précédemment: 4/1570) Voir aussi مصادرتلقيالعقيدةالصحيحة :  paragraphe 5 : ICI 

Cette innovation se contredit elle-même

Cette parole, qui consiste à affirmer que le hadith al-âhâd ne peut prouver une croyance, renferme en elle-même une croyance qui implique le rejet de centaines de hadiths authentiques et sûrs venant du Prophète ﷺ . On est alors en droit de demander aux auteurs de cette innovation  (comme ils le font) d’apporter la preuve incontestable de ce qu’ils affirment, au moyen d’un verset ou d’un hadith moutawâtir ( qat’î a-thoubout قطعي الثبوت et qat’î a-dalala قطعي الدلالة de sorte qu’il ne puisse être sujet à l’interprétation ) car ceux qui affirment des choses sans preuves font partie des gens dont Allah تعالى dit:  » Et ne dites pas, conformément aux mensonges proférés par vos langues ‘’Ceci est licite, et cela est illicite pour forger le mensonge contre Allah… » (16 Les abeilles: 116). Pour Ibn Kathîr رحمه الله , ce verset inclut toute personne qui invente une bid’a sans preuve authentique ou qui rend licite quelque chose qu’Allah عز وجل a interdit ou encore qui interdit quelque chose qu’Allah تعالى a rendue licite en se basant uniquement sur son opinion ou son désir. ( tafsir Ibn Kathîr : ICI )

Si on dit que la croyance ne peut pas être établie par le hadith al-âhâd alors on peut dire aussi que les prescriptions que l’on doit pratiquer الأحكام العملية ne peuvent pas être établies par ce même hadith car ces prescriptions sont liées à la croyance qu’Allah تعالى a ordonné ou interdit cela. ( Voir: أحاديثالآحادوإثباتالعقيدة n3 : ICI )

Réfutation de cette innovation

A) Allah تعالى dit: « Ô Messager, transmet ce qui t’a été descendu de la part de ton Seigneur. Si tu ne le faisais pas, alors tu n’aurais pas communiqué Son message… » (5 La table servie: 67) et « Il n’incombe au Messager que de transmettre (le message)… » (5: 99) Et le Prophète ﷺ a dit: « Transmettez de ma part ne serait-ce qu’un verset… » (al-Boukhârî), c’est-à-dire « Faites parvenir de moi ne fusse qu’un verset» et ceci inclut aussi la transmission des hadiths. (4).                             

Il est connu que le Prophète envoyait parfois un seul de ses Compagnons رضياللهعنهم pour transmettre (le message de l’islam) à sa place. Ainsi, il ﷺ a envoyé séparément ‘Ali, Mou’az et Abou Moussa رضي الله عنهم , dans des temps différents, au Yémen. Ils transmettaient (le message de l’islam) à sa place et enseignaient la religion aux gens; et la chose la plus importante dans la religion c’est la croyance العقيدة. Ainsi, on sait que lorsque le Prophète ﷺ a envoyé Mou’az رضي الله عنه , il lui a ordonné de commencer son appel à l’islam par le tawhid (voir le hadith  rapporté par Mouslim: ICI )

Ceci est donc une preuve incontestable que la croyance est établie par le hadith al-âhâd car sinon le Prophète ﷺ aurait envoyé plusieurs de ses Compagnons رضي الله عنهم ensemble afin qu’ils soient plusieurs à enseigner la croyance islamique.(5)

B) Cette innovation implique le désaccord des musulmans dans ce auquel ils doivent croire. En effet,le hadith sera une preuve pour le Compagnon رضي الله عنه mais sera faux et rejeté pour quelqu’un après lui. Ainsi, le Compagnon qui aura entendu du Prophète ﷺ sera certain de ce qu’il aura entendu et y croira avec certitude mais celui qui viendra après lui n’acceptera pas la parole de ce Compagnon car c’est un hadith âhad…alors que le Prophète ﷺ a dit: « Qu’Allah rende prospère une personne qui a entendu, de moi, un hadith, l’a retenu afin de le transmettre à quelqu’un d’autre que lui… » ( Sahîh at-Tirmidhî : ICI )

C) La plupart des croyances islamiques qu’a reçues la Communauté provient des hadiths al-âhâd qu’elle a approuvés. Abandonner la pratique des hadiths al-âhâd revient donc à renoncer à ces croyances islamiques confirmées; à accuser les pieux prédécesseurs السلف d’erreur pour y avoir cru et les avoir prises comme faisant partie de la religion et (affirmer donc) que notre islam est différent du leur et que nos croyances sont différentes des leurs. 

D) S’il existait une preuve indiscutable que la croyance ne peut pas être établie par un hadith al-âhâd, les Compagnons رضي الله عنهم l’auraient clairement expliqué (vu l’importance de la chose) et les savants auraient suivi cette voie. Mais ce ne fut pas le cas ce qui prouve avec évidence que cette croyance concernant le hadith al-âhâd, que certains ont innovée, est une supposition douteuse.

E) En refusant de confirmer une croyance ,affirmée par le hadith al-âhad (reconnu par les savants du hadith), ceux qui suivent cette idée fausse partagent, de ce fait, avec les coranistes القرآنيون une grande part de leur égarement. (Pour pus de détail, voir ICI p 32 ) ( Pour en savoir plus sur les coranistes ? : ICI )

F) Les grands savants du hadith رحمهم الله étaient des gens connus pour leur travail acharné, leur science, leur sincérité, leur piété. Ils ont fourni des efforts énormes afin de nous faire parvenir la parole et les actes du Prophète ﷺ. Par contre les Moutaklimines sont connus comme ignorants des  sciences du hadith c’est pourquoi ils déclarent que beaucoup de hadiths sont des hadiths al-âhâd alors qu’ils sont moutawâtir pour les savants du hadiths ! ( voir ICIp 33 ).

Malheureusement, certains écrivains oublient ce qu’ils ont affirmé dans certains de leurs livres, à savoir qu’il faut se référer aux spécialistes pour chaque science car on les voient ensuite affirmer que des hadiths sont âhâd alors qu’en réalité ils sont moutawâtir ! Ils imitent les gens du kalam (anciens ou contemporains) sans s’en référer, pour cela, aux gens du hadith qui sont spécialistes en la matière. 

On peut citer en exemple le hadith connu, rapporté par al-Boukhârî et Mouslim, qui dit  qu’Allah تعالى descend, au cours du dernier tiers de chaque nuit , au ciel le plus bas. Ce hadith est moutawâtir, il a été rapporté par près de 28 Compagnons رضي الله عنهم mais il a été déclaré âhâd par les gens du kalam !

Même chose pour les hadiths qui parlent de la vision (les croyants verront Allah عز وجل dans la vie future); de la descente de Jésus عليه السلام ; de la venue du Dajjâl. Et ce ne sont que quelques exemples car il en est de même pour beaucoup d’autres hadiths qui sont déclarés, par certains, comme étant âhâd alors que pour les savants du hadiths, ils font partie des hadiths moutawâtir les plus connus ! (6)  

G) Cette innovation mensongère est dangereuse, elle mène à un égarement profond et une négation des croyances islamiques authentiques, comme par exemple : 

La prophétie d’Adam عليه السلام et des autres Prophètes عليهم السلام non mentionnés dans le Coran / La prééminence du Prophète Mouhammad ﷺ sur tous les Prophètes et Messagers عليهم السلام voir (7) / La grande intercession الشفاعة du Prophète ﷺ durant le grand rassemblement au Jour de la Résurrection, et son intercession pour les gens de sa Communauté qui auront commis de grands péchés / Les miracles du Prophète ﷺ (excepté le Noble Coran) et le miracle de la lune qui s’est fendue car bien qu’il soit mentionné dans le Coran, certains lui donnent une interprétation qui contredit les hadiths authentiques qui en parlent / Les caractéristiques physiques du Prophète ﷺ et certaines de ses vertus morales / Les informations sur le début de la Création, la description des anges, des djinns, du Paradis et de l’Enfer qui sont déjà crées et que la Pierre noire vient du Paradis / Les particularités du Prophète ﷺ que l’imam A-Souyoutî  رحمه الله a réunies dans son livre « Les plus grandes particularités الخصائص الكبرى » comme son entrée au Paradis, sa vision de ses habitants et de ce qui y a été préparer pour les pieux, l’entrée en islam de son qarîn القرين / La certitude que les dix Compagnons رضي الله عنهم , à qui le Prophète ﷺ a annoncé le Paradis, font vraiment partie des gens du Paradis ( العشرة المبشرين بالجنة ) / La croyance en l’interrogatoire, dans la tombe, par les deux anges Al-Mounkar et A-Nakîr المنكر والنكير Croire au  châtiment de la tombe et à son rétrécissement / Croire en la Balance, aux 2 plateaux, au Jour du Jugement;  au pont au dessus de l’Enfer الصراط / Croire au Bassin الحوض du Prophète ﷺ et que celui qui en boit une gorgée  n’aura plus jamais soif / Croire à l’entrée au Paradis de 70000 personne de la Communauté ﷺ sans jugement La croyance en la Plume qui écrit toute chose…etc.  Et la liste est encore longue. Pour plus d’informations, lire les pages 36 à 39 : ICI

Conclusion

Quand il est prouvé qu’un hadith est authentique, on doit y croire (qu’il soit moutâwatir ou âhad) et savoir qu’il fait obligatoirement partie de la science certaine. C’est la doctrine المذهب de nos pieux prédécesseurs savants, basée sur la Parole du Très Haut : « Il n’appartient pas à un croyant ou une croyante, une fois qu’Allah et Son Messager ont décidé quelque chose d’avoir encore le choix dans leur façon d’agir… » (33 Les coalisés: 36)

La plupart des hadiths prophétiques sont des hadiths al-âhâd; quant aux hadiths moutawâtir (récurrent), ils sont peu nombreux comparés aux premiers. Suivre cette innovation aboutit donc à abandonner une grande partie de la croyance islamique. Cette bid’a a pour réel objectif d’appuyer les égarements de certains, faire douter des hadiths authentiques, et par là même à détruire les croyances islamiques ou amener le doute sur elles ! 

Un jour l’imam a-Châfi’î رحمه الله a dit : « Lorsque que j’ai rapporté, du Prophète ﷺ, un hadith sahîh que je ne prends pas en considération, alors je vous prend à témoin que ma raison s’en est allée ! » (8). Quant à l’imam Ahmad رحمه الله , il a dit: « Tout ce qui vient du Prophète ﷺ avec un bon isnad, nous l’acceptons car si nous n’acceptons pas ce avec quoi est venu le Messager ﷺ , le rejetons et le refusons (alors) nous refusons l’ordre d’Allah تعالى Qui dit: «…Prenez ce que le Messager vous donne; et ce qu’il vous interdit, abstenez-vous en… » (59 L’exode: 7) ». C’est-à-dire « Quoiqu’il vous ordonne, faites-le et quoiqu’il vous interdit, évitez de le faire car il ordonne le bien et interdit le mal. (Tafsir Ibn Kathîr:ICI ) oummatoukoum le 6 Rajab 1443 / 7-2-2022.

والله تعالى أعلم

RÉFÉRENCES :

1) وجوبالأخذبحديثالآحادفيالعقيدةوالرعلىشبهالمخالفين : ICI

2) Quelle est la signification de « Hadith Al-Ahâd »? : ICI

   ماهوخبرالآحاد؟: ICI

3) منهوأولمنقالبأنأحاديثالآحادليستحجةفيالعقائد؟ : ICI

   المبحثالرابع : الردعلىمنأنكرحجيةخبرالآحادفيالعقيدة : ICI

    مامقصودبأهلالكلام : ICI  et  ماالمقصودبعلمالكلام،ولماذاحذرالسلفمنه؟ : ICI

4) Explication du hadith: « Transmettez de ma part ne serait-ce qu’un seul verset » : ICI

5) حجيةأحاديثالآحادفيالعقائدوالأحكام : ICI

6) Attribuer la descente à Allah : ICI  et p 33 à 35  ICI

   الأحاديثالدالةعلىرؤيةاللهتعالىلأهلالجنة : ICI

7)  الأدلةعلىتفضيلالنبيعلىسائرالأنبياء : ICI

8) منجميلماقالالشافعيفيالاحتجاجبالسنةوتوفيرها : ICI

Le hadith al-âhâd peut-il servir de preuve à la croyance ?
Le hadith al-âhâd peut-il établir une croyance ?

Le samâ’ est-il islamique ?

Le samâ’ soufi fait-il partie de l’islam ?

الحمد لله رب العالمين والصلاة والسلام على نبينا محمد 

On trouve dans le soufisme une pratique nommée le samâ’ السَّماع. Ce mot, qui vient du verbe sami’a  سَمِعَ , signifie l’audition, l’écoute. En français, on retrouve ce terme traduit comme suit : audition, concert, écoute, cérémonie ou chants spirituels, ou encore danse sacrée.

Cette pratique consiste pour les soufis à se rapprocher d’Allah تعالى par des chants, des  poèmes, des invocations, du dhikr accompagnés ou non d’instruments de musique et de mouvements du corps. Mouvements concrétisés par des balancements, des sauts ou de la danse. Les soufis accordent beaucoup d’importance au samâ’ c’est pourquoi une partie de leurs livres y est consacré. 

Remarque importante : ce sujet ne traite pas de la position de l’Islam par rapport à la musique, le chant et la danse ( sujet détaillé : ICI ) mais il parle du fait d’adorer Allah تعالى par le chant, la danse car pour les soufis, le samâ’ sert à se rapprocher de son Seigneur.

Le Prophète ﷺ et ses Compagnons رضي الله عنهم ne pratiquaient pas le samâ’ alors pour justifier cette innovation, les soufis avancent plusieurs arguments dont :

1) Le comportement de Salman رضي الله عنه

Les soufis disent que lorsque fut révélé le verset « Et l’Enfer sera sûrement leur lieu de rendez-vous à tous » (15 Al-Hijr : 43), Salam al-Fârissî رضي الله عنه poussa un cri, tomba sur la tête et prit la fuite durant 3 jours. Ils prennent cet évènement comme preuve pour justifier les cris et les évanouissements qui se déroulent dans certains samâ’s.

Réfutation : L’imam Ibn Al-Jawzî رحمه الله a dit : « Cela est absurde et mensonger,  cet évènement est rapporté sans isnad, le verset en question a été révélé à la Mecque alors que Salman رضي الله عنه a embrassé l’islam à Médine et aucun des Compagnons رضي الله عنهم n’ont apporté ce genre de chose ! »

On connaît la piété des Compagnons رضي الله عنهم et leur crainte d’Allah تعالى , pourtant ils ne criaient pas et ne s’évanouissaient pas comme le font certains soufis en prétextant des états « d’extase »!

2) Le verset « Frappe de ton pied »

Le Prophète Ayyoub (Job) عليه السلام fut touché par les épreuves et les maladies durant de longues années. Un jour, il appela son Seigneur en disant : « Le Diable m’a infligé détresse et souffrance » et la réponse fut « Frappe (la terre) de ton pied : voici une eau fraîche pour te laver et voici de quoi boire » (38 Sâd: 41, 42). Pour les soufis, ce verset donnerait la permission de danser !

Réfutation : cet argument n’est pas valable car Allah عز وجل n’a pas ordonné à Ayyoub عليه السلام de frapper de son pied par joie ou extase mais seulement pour qu’il agisse et que son acte soit la cause (de la sortie de l’eau de terre) par générosité pour Son Prophète عليه السلام .

3) Le hadith sur les sautillements

Il est rapporté ( ICI ) que Le Prophète ﷺ s’est adressé à ‘Alî de cette façon: « Tu es issu de moi et moi de toi » alors ‘Alî sautilla; puis il dit a Ja’far « Tu me ressembles physiquement et moralement » alors il sautilla derrière le sautillement d’Alî puis il dit à Zaïd « Tu es notre frère et notre affranchi » alors Zaïd sautilla derrière le sautillement de Ja’far.

Ce hadith a été rapporté par Ahmad, al-Baïhaqui et al-‘Iraquî. Ce dernier juge que son isnad est bon. Mais dans la vérification du mousnad d’Ahmad, al-Arnâout dit que l’isnad est faible est que le terme « sautillement » est réprouvé et étrange. C’est pourquoi, dans le Sahih de Boukhârî, on trouve cet évènement  mais sans que le sautillement des Compagnons رضي الله عنه ne soit rapporté.( Voir : ICI )

Réfutation : En supposant que le hadith soit authentique, on n’y trouve pas que les Compagnons رضي الله عنهم aient dansé dans une séance de dhikr (loin d’eux de faire une telle chose !), on trouve seulement qu’ils ont manifestés leur joie, en sautillant, à cause des éloges que leur a fait le Prophète ﷺ. Ce hadith ne peut donc pas servir de preuves aux danses soufies.

4) Le hadith sur les 2 petites filles

La mère des croyants, ‘Aïcha رضي الله عنها a dit : « Abû Bakr est entré chez moi alors que deux petites filles Ansarites chantaient (les poésies) que les Ansârs avaient récitées lors de la bataille de Bu’âth (qui s’est déroulée entre les deux tribus al-‘Aws et al-khazradj). Elles n’étaient pas des chanteuses. Abû Bakr dit alors : “ Comment les chants (ou flûtes) du diable dans la maison du Messager d’Allah ﷺ ?! C’était le jour de la fête, le Messager d’Allah ﷺ dit alors : “Ô Abû Bakr ! Chaque peuple a une fête et ceci est notre fête.” » (Boukhari et Mouslim). Des soufis se sont fondés sur ce hadith pour autoriser la chanson ainsi que le fait de l’écouter avec ou sans instrument de musique.

Réfutation : Ibn Qayim رحمه الله trouve étonnant que l’on puisse se baser sur le chant de 2 petites filles, un jour de fête, qui se réjouissaient (en chantant) des vers (de la poésie arabe) parlant du courage, des guerres, de la haute moralité et des bons caractères pour ‘Aïcha رضي الله عنها (très jeune à cette époque) pour rendre licite le fait d’écouter la musique ! Quel lien existe-t-il entre ceci et cela ? De plus, Abou Bakr رضي الله عنه a nommé cela « les chants (ou flûtes) du diable » sans que le Prophète ﷺ ne le démente, il l’a autorisé parce qu’il s’agissait de 2 petites filles qui ne pouvaient pas provoquer la débauche par leurs chants. Cela peut-il être considéré comme un argument apte à légitimer le fait d’écouter de la musique, avec toutes les implications que nous connaissons ?. Pureté à Allah ! Comme est fausse leur raison et leur compréhension ! (Madaridj As-Salikîn 1/493)

Ibn Al-Jawzî رحمه الله a dit: Aïcha رضي الله عنها était très jeune à ce moment-là. Mais lorsqu’elle est devenue adulte, elle n’a pas cessé de condamner la musique. Son cousin Al-Qâsim ibn Muhammad qui était son élève condamnait lui aussi la musique et interdisait son écoute. Voir Talbîs Iblîs 229 

Ce hadith nous montre, en fait, qu’il est permis aux petites filles de chanter des chants dans lesquels il n’y a pas d’interdit religieux et ce durant les jours de fêtes mais ne peut pas servir de preuve pour adorer Allah تعالى par des chants ou de la danse ! 

5) La danse des abyssins

Des hadiths, rapportés par al-Boukharî et Mouslim, nous apprennent que pendant la fête, des abyssins (éthiopiens) sont venus à la mosquée du Prophète ﷺ et ont joué, devant lui, avec leurs lances. (voir : ICI ). Ils ont pratiqué le zafn الزَّفْن qui est une sorte de marche mêlée à la danse. Ceci est souvent pratiqué pendant la guerre, avant le combat afin de montrer son courage à l’ennemi. Les soufis, quant à eux, pensent que cela est une permission pour la danse soufie.

Réfutation : Dans son explication du Sahih Mouslim,  a-Nawawî رحمه الله , dit que dans le hadith, il y a une  autorisation de jouer avec les armes dans la mosquée et que cela fait partie des choses qui aident au combat. Pour Ibn Hajar رحمه الله, les hadiths sont une preuve qu’il est permis de jouer avec les armes en sautant afin de s’entraîner et s’encourager à la guerre (Fath al-Bârî).

En lisant les commentaires des savants, il apparaît clairement que ces hadiths ne peuvent pas servir de preuve à la danse soufie. De plus, il faut savoir que durant cet évènement, les abyssins ne se trouvaient pas autour du Prophète ﷺ, et ne pratiquaient pas le dhikr, comme le soutiennent certains qui tentent, par tous les moyens, de trouver un argument à leurs innovations.

Nous nous contenterons de ces quelques arguments, avancés par les soufis, car les présenter tous allongerait inutilement le sujet car tous sont du même style; soit inexacts, soit avec une fausse interprétation. Pour ceux qui voudraient en savoir plus, ils peuvent consulter les articles mentionnés dans les références (en fin de sujet) et le livre de l’imam ibn Qayyim al-Jawziyya : الكلام على مسألة السماع : ICI ( Discours sur la question du samâ’ )

Le Qâdi ‘Iyâd رحمه الله a dit: « Al-Massîbî a dit: « Nous étions avec Mâlik رحمه الله et ses compagnons étaient autour de lui. Un homme de Nousseïbine (ou Nusaybin, ville au sud-est de la Turquie) a dit: « Ô Abou Abdoullah ! Nous avons chez nous des gens que l’on appelle les soufis. Ils mangent beaucoup, puis ils récitent des poèmes puis ils se lèvent et dansent ». Mâlik dit alors: « Sont-ils des enfants ? » L’homme répondit « Non ». L’imam demanda: « Sont-ils fous ? ». Il répondit: « Non, ce sont de vieilles personnes ». Mâlik dit alors: « Je n’ai jamais entendu que quiconque, parmi les musulmans, agisse ainsi » 

7) Dangers du samâ’

Appeler au soufisme par les chants et la musique pour se rapprocher d’Allah تعالى est un moyen d’agrandir le nombre des disciples car les gens aiment s’amuser. Occuper le musulman à chanter, à danser, à réciter des invocations et du dhikr inventés est un moyen pernicieux de l’éloigner de la voie droite, de la vraie science, de l’apprentissage de l’arabe, du Coran, des hadiths, des tafsirs…etc De plus, on s’aperçoit que ceux qui sont habitués à cette pratique ont plus de difficulté à écouter et à s’émouvoir du Coran. Et écouter des vers leur procure plus de plaisir que d’écouter le Livre d’Allah تعالى !

8) Conclusion

Les soufis ont essayé de justifier, par tous les moyens, le samâ’ en s’appuyant sur des sources islamiques en leur donnant une fausse signification ou en utilisant des sources qui ne sont pas authentiques. Ils ont réussi, de cette façon, à convaincre certaines personnes, c’est pourquoi il est important que la Communauté soit informée de la fausseté de leur argumentation.

La danse, les chants dans des séances de dhikr font partie des innovations et ne permettent donc pas de s’approcher de son Seigneur. Les chants et les mouvements du corps pratiqués par les soufis ressemblent en réalité aux pratiques des chrétiens et des juifs. Il suffit d’ailleurs comme preuve de la fausseté du samâ’ de dire que le Prophète ﷺ ne le pratiquait pas, de même que ses Compagnons رضي الله عنهم . oummatoukoum le 5 Joumada a-thanî 1442 / 18-1-2021.

والله تعالى أعلم

Références :

(1) عبادات تحت الضوء…السماع والذكر عند الصوفية : ICI

(2)   الوجد والرقص عند الصوفية : ICI

(3)  بطلان الاستدلال بلعب الحبشة بالحراب على الرقص الصوفي ! : ICI

(4)  هل ثبت حديث أن الصحابة رقصوا ويستدل بذلك على الرقص في حلق الذكر ؟ : ICI

(5) L’interdiction de la musique en islam 1/2 : ICI

     L’interdiction de la musique en islam 2/2 : ICI

(6) La position de l’Islam par rapport à la musique, le chant et la danse : ICI

(7)  آراء أئمة الإسلام في التصوف وأهله  ICI

Le samâ’ soufi est-il islamique ?
L'avis de l'imam Mâlik sur le samâ' soufi
L’avis de l’imam Mâlik sur les chants et danses soufis